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Comment définissez-vous AAP ?
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Cet article donne suite à une conférence que j'ai présentée au congrès annuel de la Commission nationale des parents francophones (CNPF) en novembre 2011, intitulée « Accueil et accompagnement de tous les parents : vers la réciprocité, un pas à la fois ».

Le concept d'accueil et d'accompagnement de parents (ou AAP) sous-tend plusieurs initiatives de la communauté francophone en milieu minoritaire au Canada, dont celles de la CNPF. Pourtant, il n'existe pas de définition consensuelle des termes « accueil » et « accompagnement » ni d'appréciation commune de leurs composantes.

Vous trouverez dans les lignes suivantes quelques réflexions à ce sujet. Si vous œuvrez dans une institution de la francophonie canadienne (voir des exemples ci-dessous), cet article s'adresse à vous. Et si vous voulez partager vos propres idées, n'hésitez pas à ajouter un commentaire.

Mais d'abord, puisque le texte est assez long et sérieux, je vous suggère d'aller chercher un bon verre de vin avant de continuer…

Qu'est-ce qu'« accueillir » ?

En quoi constitue l'acte d'accueillir quelqu'un au sein d'une institution de la francophonie canadienne en milieu minoritaire? J'entends par « institution » tout organisme qui dessert la communauté francophone, y compris :

•       des regroupements de parents (notamment les associations membres de la CNPF) ;

•       des conseils, associations ou comités de parents d'école ;

•       des écoles et des autorités scolaires ;

•       des associations de nouveaux arrivants ;

•       des sociétés à but non lucratif responsables de garderies, de prématernelles, etc. ;

•       des services de santé ;

•       des associations d'affaires (par ex., des chambres de commerce) ; et

•       des organismes de bienfaisance (par ex., des fondations).

Accueillir — ou plutôt bien accueillir — quelqu'un, c'est plus que lui souhaiter la bienvenue, c'est le recevoir dans la communauté francophone. Une attitude positive se traduit en actions inclusives qui, comme on le verra plus loin, peuvent éventuellement renforcer l'institution et la communauté.

Par exemple, le parent qui arrive dans une école francophone devrait savoir que le mandat de cette école est nettement différent de celui des écoles de la majorité anglophone, y compris celles qui offrent des programmes d'immersion française. En fournissant des renseignements à ce sujet, l'école aide le parent à savoir dans quoi il s'embarque et comment son enfant en bénéficiera.

De plus, on pourrait sensibiliser ce parent à divers aspects de la vie des francophones en milieu minoritaire. Combien de parents non francophones sont appelés à réfléchir aux questions de langue et de culture dans leur vie quotidienne ? Des échanges plus personnalisés sur des sujets tels l'impact positif des services de santé en français deviennent ainsi des occasions de sensibilisation.

Cela m'amène à proposer la définition suivante d'« accueillir » :

•       Recevoir quelqu'un au sein d'une institution de la communauté francophone en lui fournissant de l'information et en le sensibilisant à divers aspects de l'institution et de la francophonie.

Si vous avez une autre définition ou des modifications à suggérer, on vous attend au Forum !

 

Pratique exemplaire

En 2004, la Fédération des parents francophones de Colombie-Britannique (FPFCB) a créé la première équipe ExTeam au Canada. Il s'agissait de quatre parents non francophones formés pour animer un atelier auprès de couples mixtes (ou exogames, d'où le nom « ExTeam ») dans les écoles de langue française de la province.

Depuis 2004, l'équipe a donné 29 ateliers auxquels ont participé 305 parents. En tout, 21 des 28 associations de parents d'école ont participé à cette initiative.

J'ai collaboré avec la FPFCB à titre de formateur de l'équipe. Ensemble, nous avons développé des ateliers au niveau scolaire et préscolaire qui comprenaient de l'information, de la sensibilisation… et, selon la rétroaction des participants, des expériences significatives.

Autrement dit, l'équipe a su amener les participants vers une compréhension des enjeux en passant non seulement par la tête mais aussi par le cœur.

Il faut souligner un élément clé de cette réussite : la FPFCB a décidé de communiquer en anglais avec les parents qui ne comprennent pas le français. Selon vous, est-ce que cela compromet la raison d'être de l'éducation francophone ?

 

Qu'est-ce qu'« accompagner » ?

La FPFCB évalue chaque atelier et, parmi les commentaires qu'elle reçoit, il y en a un qui revient assez souvent : « What's next? ». Les parents apprécient l'accueil et ils attendent la suite ; en d'autres mots, ils veulent de l'accompagnement. Mais qu'est-ce que cela veut dire ?

Dans notre contexte, « accompagner » pourrait signifier :

•       Appuyer le parent qui veut bâtir sur les connaissances et la compréhension qu'il a acquises lors de son accueil afin de pouvoir participer de manière active et significative au développement en français de son enfant.

Je suis certain que des francophones dont la plume est plus élégante que la mienne puissent suggérer une meilleure définition que celle-ci ! Mais le feront-elles/ils ?

 

Cinq composantes

Pour mettre en pratique cette définition, je propose cinq composantes. Elles impliquent tant le parent conversant en français que le parent non conversant en français mais, puisqu'il y a plusieurs défis associés à l'accompagnement de ce dernier, j'y porte une attention particulière.

 

1. Informer davantage — aider le parent à approfondir ses connaissances en lui fournissant une variété de ressources (sur papier, par internet, sur vidéo, etc.).

Exemples :

•       référer le parent à un site web conçu pour lui ;

•       lui offrir un guide d'accompagnement (ou faciliter l'achat du guide) qui s'est déjà avéré très utile pour beaucoup de ses pairs ;

•       rédiger un feuillet bilingue d'information sur une cause juridique actuelle.

 

2. Guider — montrer des pistes au parent qui cherche à participer de manière active et significative à la vie éducative de son enfant.

Exemple :

•       aider le parent à identifier des façons d'appliquer le concept de FrancoZone dans la vie quotidienne de sa famille.

 

3. Responsabiliser (dans le sens du terme anglais empower) — faciliter la participation du parent au sein des institutions de la communauté francophone.

Exemples :

Institution

Initiative

Activité

Société de parents

Ouvrir ou gérer une prématernelle ou une garderie.

•      Remplir des documents requis par les autorités, par ex. les statuts et règlements de la société (qui peuvent être exigés en anglais).

•      Assurer le respect de règles gouvernementales, par ex. en assurant la propreté des locaux et des jouets (ce qui ne nécessite aucune connaissance du français).

Conseil, association ou comité de parents d'école

Créer des sous-comités avec des mandats précis et des champs d'action ciblés.

•      Bâtir une structure de jeux (dont la préparation administrative et logistique nécessiterait la connaissance d'anglais).

•      Mener des campagnes de financement en impliquant des parents conversant et non conversant en français.

École de langue française

Faciliter le bénévolat de parents en collaboration avec le personnel.

•      Compiler une liste de bénévoles et de tâches, identifier des concordances et organiser des activités en conséquence.

•      Par ex., organiser une soirée de laminage d'abeilles.

 

4. Créer des occasions d'expériences significatives — organiser des activités dans les locaux de l'institution qui peuvent se dérouler dans les deux langues officielles.

Exemple :

•       offrir un atelier bilingue sur le rôle des parents dans l'apprentissage du français de leur enfant en milieu minoritaire.

De multiples expériences dans des écoles de langue française à travers le pays m'ont convaincu qu'il est crucial d'accueillir et d'accompagner certains parents en anglais. (Je dois aussi avouer que cela représente une évolution certaine dans mes idées.) Êtes-vous d'accord ? Si oui, pourquoi ? Sinon, pourquoi pas ?

 

5. Faciliter des échanges sur une base continue — créer une structure qui permet le partage d'idées, de vécu, de questions, de pratiques exemplaires, etc. sans que les participants aient besoin de se déplacer.

Exemple :

•       C'est la raison d'être de ce site web : offrir une ressource qui est accessible en tout moment à tous ceux qui s'intéressent à l'éducation francophone en milieu minoritaire au Canada.

Si seulement une école par autorité scolaire lançait un projet de FrancoZone et les parents impliqués pouvaient partager (en français ou en anglais) leurs expériences avec leurs pairs partout au Canada, ne serait-ce pas une excellente façon de s'encourager mutuellement et d'inciter d'autres parents à tenter une approche semblable ?

Ou si une école par autorité scolaire organisait une session de laminage et que les participants (éducateurs et parents) pouvaient échanger là-dessus, ne serait-ce pas un moyen simple et efficace de créer des communautés d'intérêt pancanadiennes ?

Bref, le Forum offre, sur une base 24/7, plusieurs des avantages d'un congrès (surtout au niveau des échanges) sans les inconvénients et les coûts occasionnés par les déplacements. Cela est d'autant plus important pour les parents qui se sentent isolés, peu importe leur situation.

 

Réciprocité

Quand on accueille un parent (qu'il soit conversant ou non en français) au sein d'une institution de la communauté francophone, on ouvre une porte à la collaboration, à l'engagement, au partenariat.

Quand on accompagne ce parent, on l'aide à devenir un champion de l'institution et de la francophonie.

Le concept de « réciprocité » peut se résumer en trois mots : Appui des parents. Le double sens est intentionnel car…

•       l'institution appuie les parents ; et

•       les parents appuient…

•        leur enfant ;

•        l'institution ; et

•        la communauté francophone.

 

Conclusion… ou introduction ?

La francophonie canadienne en milieu minoritaire, par l'entremise de ses institutions, se doit d'accueillir et d'accompagner tous les parents, qu'ils soient conversant ou non en français, afin d'assurer la relève de ses communautés. Mais que veulent dire les termes « accueil » et « accompagnement » ?

Sans avoir défini les concepts qui sont au cœur de tout projet en AAP, ne serait-ce pas difficile de mettre en application des principes, des critères, des pratiques, des programmes et des services, ou d'atteindre des résultats stratégiques ? Ce sont pourtant les termes qui décrivent actuellement les visées de la CNPF.

J'ose espérer que les réflexions ci-dessus contribueront à une discussion qui permettrait à la CNPF et à ses partenaires de préciser leurs objectifs et d'avancer de manière concertée dans leurs initiatives d'accueil et d'accompagnement de parents.

 
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